24 Juillet 2026
EXPO: MACHINES OCRES
❶ Interview
❶ Vernissage
❶ La Machine
❶ Credits
Artiste visuelle et ingénieure en mécanique et matériaux née et basée à Dakar, j’explore les fondements de la perception et du lien entre la construction identitaire et la création d’objets à travers l'étude des formes, de la présence de la couleur et de la répétition.
Mon travail s'articule autour du « sentipensar con la tierra [1]» forgé par Fals Borda et repris par l'anthropologue colombien Arturo Escobar.
Sentir-penser avec la terre, c'est habiter le monde comme un réseau de relations et non comme une ressource à extraire [2].
Cette philosophie informe un intérêt pour des matériaux et des modes de création
modulaires, qui se décomposent et se recomposent avec le temps, et dont les
caractéristiques à chaque moment de leur vie permettent à chacun de vivre en symbiose avec son environnement immédiat et les communautés qui l'habitent.
Cette exposition vise à ancrer une discussion sur les modes d'imagination, de création et de fabrication d'objets, particulièrement de machines, au Sénégal.
L'ocre est la couleur du fer oxydé et des sols qui font pousser notre subsistance et qui sont aujourd’hui porteurs et victimes de nos créations.
L'idée d'une machine ocre nous pousse à penser des machines qui font dialoguer nos identités pré et post-coloniales.
Elle nous pousse à penser un futur non-réactionnaire, prenant sa source dans la totalité de notre histoire.
Dans la forme, Machines Ocres renferme un mouvement d'abstraction progressif. Cette abstraction n’est pas un processus d’aliénation mais de rapprochement vers les spécificités de ma perception.
Je passe de l'objet lui-même à son image, puis à ses lignes.
Les pensées et les sensations qui sont évoquées à chaque étape sont ensuite organisées en écrits et leur somme fait naître un nouvel objet.
Dans ce sens, je trace un chemin vers la naissance d’une Machine Ocre.
Je laisse l'idée du métal, un ocre en devenir, dialoguer avec le vrai ocre du sol sur lequel il se pose à travers des photographies prises entre Kédougou et Somone. Ces photos mettent en scène des machines utilisées et exposées se fondant de plus en plus dans leur environnement et surtout les textures et matériaux qui informent silencieusement l’agencement de ces machines.
L’aluminium est omniprésent à travers l’exposition. Ce choix est motivé par les larges quantités de bauxite trouvées au sud de Kédougou, en Guinée [3].
Cette roche d’un ocre rougeâtre étant la principale source d’aluminium au monde, ce mouvement édifie le symbole de l’ocre comme tunnel entre la réalité coloniale de l’extraction de matière des sols africains et les mutations culturelles imposées par le produit transformé.
Mes illustrations étudient les formes et lignes empruntées aux machines qui conditionnent mes routines, et aux parties de mon corps qui interfacent avec elles.
Elles rendent compte de mon rapport obsessionnel aux lignes des objets autour de moi ainsi que des manières dont ces objets compliquent ma relation à mon environnement immédiat, médiée par mon corps, tout en facilitant ma connexion au reste du monde.
Pour terminer, une mosaïque parcourt la salle, témoignant d'une recherche visuelle de quatre ans autour des procédés de fabrication allant «d'en bas à gauche, avec la terre [2],» c'est-à-dire depuis les marges et les pratiques éco-centrées, plutôt qu’en partant des centres de pouvoir qui dessinent habituellement nos objets.
Cette archive cartographie les territoires visuels et intellectuels qui m’animent comme le technonaturalisme [4], et les rapports corps-machine [5].
Elle donne à voir le geste de curation en ligne(s) comme une pratique de recherche à part entière, au même titre que le dessin ou la photographie.
Ce mouvement est souligné par des bruits de machines en fonctionnement ambients ou enregistrés entre Dakar, Somone et Kédougou diffusés à bas volume en continu, superposé à une déclamation du poème La Machine écrit par Maxime Myre.
[1] Fals Borda, Orlando. Una sociología sentipensante para América Latina. Compilé par Víctor Manuel Moncayo, CLACSO / Siglo del Hombre Editores, 2009.
[2] Escobar, Arturo. Un autre possible est possible : Des chemins pour les transitions depuis Abya Yala/Afro/Amérique latine. Traduit de l'espagnol (Colombie) par Claude Rougier, Zulma & Jimsaan, 2024.
[3] U.S. Geological Survey. "Mineral Commodity Summaries 2020." U.S. Department of the Interior, 2020.
[4] Stubberfield, A. (2023). Technonaturalism: A Postphenomenological Environ-Mentality. In: Jay Kassiola, J., Luke, T.W. (eds) The Palgrave Handbook of Environmental Politics and Theory. Environmental Politics and Theory. Palgrave Macmillan, Cham.
[5] Fortunati, Leopoldina, James E. Katz, and Raimonda Riccini, eds. Mediating the human body: Technology, communication, and fashion. Routledge, 2003.
Mon travail s'articule autour du « sentipensar con la tierra [1]» forgé par Fals Borda et repris par l'anthropologue colombien Arturo Escobar.
Sentir-penser avec la terre, c'est habiter le monde comme un réseau de relations et non comme une ressource à extraire [2].
Cette philosophie informe un intérêt pour des matériaux et des modes de création
modulaires, qui se décomposent et se recomposent avec le temps, et dont les
caractéristiques à chaque moment de leur vie permettent à chacun de vivre en symbiose avec son environnement immédiat et les communautés qui l'habitent.
Cette exposition vise à ancrer une discussion sur les modes d'imagination, de création et de fabrication d'objets, particulièrement de machines, au Sénégal.
L'ocre est la couleur du fer oxydé et des sols qui font pousser notre subsistance et qui sont aujourd’hui porteurs et victimes de nos créations.
L'idée d'une machine ocre nous pousse à penser des machines qui font dialoguer nos identités pré et post-coloniales.
Elle nous pousse à penser un futur non-réactionnaire, prenant sa source dans la totalité de notre histoire.
Dans la forme, Machines Ocres renferme un mouvement d'abstraction progressif. Cette abstraction n’est pas un processus d’aliénation mais de rapprochement vers les spécificités de ma perception.
Je passe de l'objet lui-même à son image, puis à ses lignes.
Les pensées et les sensations qui sont évoquées à chaque étape sont ensuite organisées en écrits et leur somme fait naître un nouvel objet.
Dans ce sens, je trace un chemin vers la naissance d’une Machine Ocre.
Je laisse l'idée du métal, un ocre en devenir, dialoguer avec le vrai ocre du sol sur lequel il se pose à travers des photographies prises entre Kédougou et Somone. Ces photos mettent en scène des machines utilisées et exposées se fondant de plus en plus dans leur environnement et surtout les textures et matériaux qui informent silencieusement l’agencement de ces machines.
L’aluminium est omniprésent à travers l’exposition. Ce choix est motivé par les larges quantités de bauxite trouvées au sud de Kédougou, en Guinée [3].
Cette roche d’un ocre rougeâtre étant la principale source d’aluminium au monde, ce mouvement édifie le symbole de l’ocre comme tunnel entre la réalité coloniale de l’extraction de matière des sols africains et les mutations culturelles imposées par le produit transformé.
Mes illustrations étudient les formes et lignes empruntées aux machines qui conditionnent mes routines, et aux parties de mon corps qui interfacent avec elles.
Elles rendent compte de mon rapport obsessionnel aux lignes des objets autour de moi ainsi que des manières dont ces objets compliquent ma relation à mon environnement immédiat, médiée par mon corps, tout en facilitant ma connexion au reste du monde.
Pour terminer, une mosaïque parcourt la salle, témoignant d'une recherche visuelle de quatre ans autour des procédés de fabrication allant «d'en bas à gauche, avec la terre [2],» c'est-à-dire depuis les marges et les pratiques éco-centrées, plutôt qu’en partant des centres de pouvoir qui dessinent habituellement nos objets.
Cette archive cartographie les territoires visuels et intellectuels qui m’animent comme le technonaturalisme [4], et les rapports corps-machine [5].
Elle donne à voir le geste de curation en ligne(s) comme une pratique de recherche à part entière, au même titre que le dessin ou la photographie.
Ce mouvement est souligné par des bruits de machines en fonctionnement ambients ou enregistrés entre Dakar, Somone et Kédougou diffusés à bas volume en continu, superposé à une déclamation du poème La Machine écrit par Maxime Myre.
[1] Fals Borda, Orlando. Una sociología sentipensante para América Latina. Compilé par Víctor Manuel Moncayo, CLACSO / Siglo del Hombre Editores, 2009.
[2] Escobar, Arturo. Un autre possible est possible : Des chemins pour les transitions depuis Abya Yala/Afro/Amérique latine. Traduit de l'espagnol (Colombie) par Claude Rougier, Zulma & Jimsaan, 2024.
[3] U.S. Geological Survey. "Mineral Commodity Summaries 2020." U.S. Department of the Interior, 2020.
[4] Stubberfield, A. (2023). Technonaturalism: A Postphenomenological Environ-Mentality. In: Jay Kassiola, J., Luke, T.W. (eds) The Palgrave Handbook of Environmental Politics and Theory. Environmental Politics and Theory. Palgrave Macmillan, Cham.
[5] Fortunati, Leopoldina, James E. Katz, and Raimonda Riccini, eds. Mediating the human body: Technology, communication, and fashion. Routledge, 2003.